Comme les prédictions météorologiques nous promettaient une tempête de neige pour le 29 décembre, nous avons sur les conseils de Lionel attendu le 30 décembre pour partir en randonnée avec quelques-uns de ses huskies. Bien qu’il ait effectivement neigé le 29, la tempête s’est finalement abattue sur notre coin de Laponie le 30: c’est donc au milieu de flocons tourbillonnants que nous avons vécu cette journée mémorable.
Au départ, à la bordure du zoo de Ranua, en milieu de matinée, étaient rassemblés vingt-cinq chiens et huit humains pour cinq traîneaux; seule Lyz manquait à l’appel: elle refusait d’imposer à ces animaux de la tracter. Le temps d’écouter les consignes de Lionel sur la manière de conduire les traîneaux (grosso modo: comment freiner; comment arrêter le traîneau; comment redémarrer; comment avertir les autres «mushers du dimanche» en cas d’arrêt ou de départ; et quelle distance de sécurité respecter…), les chiens choisis ont été harnachés dans un tumulte d’aboiements par notre guide et son frère -qui est lui resté sur place avec quelques autres bêtes, encore plus bruyantes que leurs paires, car frustrées de ne pas faire partie du voyage!
A peine l’attelage de quatre têtes installé devant mon traîneau, l’attitude des huskies qui le composaient m’a époustouflé: ils se sont mis à tirer par à-coups si brusques que j’ai failli partir à la renverse plusieurs fois! Lionel me semblait tendu face à l’excitation de sa meute; je comprenais qu’il craignait que les quatre néophytes qui allaient diriger des traîneaux pour la première fois de leur vie ne blessent ses animaux, par maladresse ou par imprudence. Après nous avoir fait promettre de freiner les chiens durant les premiers kilomètres afin que les efforts fournis ne les «grillent» pas, il a lancé le début de la randonnée. Et nous l’avons suivi…
Nous avions sans doute l’air de patauds moussaillons, raidis par le froid, au début de la traversée; mais, de plus en plus à l’aise au fur et à mesure de l’avancée de nos drôles d’embarcations sur une mer toute blanche, nous prenions vite l’allure de fiers capitaines, comme si nous maîtrisions nous-même la fougue de l’attelage qui nous tirait. Il n’en était rien: les huskies suivaient tous docilement le traîneau qui les précédait; seul Lionel criait à ses chiens de tête des ordres en finnois (grosso modo: gauche; droite) pour nous mener à bon port.
Après dix-sept kilomètres interrompus par quelques petites pauses «Ça va? -Ça va!», nous en avons marquée une plus longue pour déjeuner. Lionel a alors troqué sa casquette de musher pour celle de cuisinier de l’extrême. Au menu des hommes: saucisses finlandaises et poêlée de légumes congelés cuites au feu de bois; à celui des canidés, quelques kilogrammes de viande crue!
Les ventres remplis, nous avons entrepris le voyage retour, qui s’est terminé de nuit, vers seize heures!?! Les bêtes étaient pour le moins émoussées: elles nous avaient tirés sur trente-quatre kilomètres, une première pour elles cet hiver.
J’ai beau ne pas être passionné par les chiens, j’ai pris soin de déharnacher chacun de ceux de mon attelage, non sans les remercier de quelques caresses pour la jolie balade. Un moment assez touchant et inoubliable!